Sanchizian, le territoire qui se resserre
Sanchizian est une terre qui se contracte. Autrefois plus diverse et plus fertile, elle est aujourd’hui dominée par un phénomène lent mais inexorable : l’avancée du désert. Le sable ne progresse pas comme une vague brutale, mais par appauvrissement progressif des sols, par disparition des équilibres anciens, par perte silencieuse de l’eau. Des régions entières changent de nature sans événement spectaculaire, jusqu’à ce que la vie y devienne chaque année plus coûteuse.
La géographie de Sanchizian s’organise autour de cette tension permanente entre ce qui retient encore l’humidité et ce qui la perd. Les zones côtières à l’ouest, ouvertes sur la mer, demeurent des espaces de passage et d’échange. L’air y est plus lourd, plus humide, et le désert y est contenu par les vents marins. Ces régions conservent un accès constant à l’eau, ce qui en fait des points vitaux pour le territoire. Les ports y concentrent les flux commerciaux, reliant Sanchizian au reste du monde, assurant la circulation des marchandises, des richesses et des êtres humains. Ce sont des lieux prospères, profondément inégalitaires, étroitement surveillés, car ils constituent l’un des derniers piliers économiques stables du continent.
Plus au nord, le relief se durcit. Les chaînes montagneuses, rares mais stratégiques, concentrent des ressources que l’Empire protège avec une attention extrême. Les montagnes de Quaros, riches en minerais, constituent le cœur minéral de la région. Leur exploitation conditionne à la fois la survie du pouvoir central et l’équilibre invisible du monde. Ces zones sont difficiles d’accès, fortement contrôlées, et entourées d’une réputation de danger. On n’y circule pas librement, et ceux qui y travaillent savent que le sol lui-même peut devenir une menace.
À l’intérieur des terres et vers le sud, le désert domine. L’espace y est vaste, ouvert, brutal. Les villes sont éloignées les unes des autres, les villages fragiles, parfois temporaires. La vie s’organise autour de points fixes : une source, un marché, un relais, une route encore praticable. L’eau reste accessible, par des puits, des citernes, des installations côtières ou des réseaux locaux, mais sa possession n’est jamais neutre. Ce n’est pas l’accès qui est interdit, c’est l’anonymat.
Le contrôle exercé par Ilieth ne repose pas sur des murs ou des frontières closes, mais sur une présence diffuse et constante. Chaque individu porte une Pierre d’Aphanite. À tout moment, un garde peut en exiger la preuve. Ce geste suffit à rappeler l’ordre établi. Être vu, identifié, protégé et contraint à la fois. Là où la Pierre est portée, l’autorité impériale s’exerce. Là où elle manque, la suspicion commence.
À l’écart de cette domination directe se trouve Sablagos. Territoire officiellement indépendant, Sablagos n’a jamais été conquis. Héritage de Sak’An’Dar, sa puissance militaire demeure considérable. Son armée, disciplinée, nombreuse et expérimentée, constitue un facteur d’équilibre que même Ilieth ne peut ignorer. La région est protégée naturellement par les montagnes de Sablagos et par la forêt d’Orvela, qui forment une barrière difficile à franchir. Là, le sol est encore fertile, les terres encore cultivées, l’agriculture encore vivante. La région demeure verte, productive, et économiquement puissante.
Sablagos possède en outre des ressources stratégiques majeures : zones de pêche abondantes, activités maritimes structurées, et même des minerais sous-marins accessibles par la magie. Ces richesses expliquent pourquoi son indépendance est une question brûlante. Si une partie de la population de Sablagos aspire à une autonomie totale, cette perspective est inacceptable pour Ilieth. La capitale est prête à tout, y compris à la violence, pour empêcher une rupture définitive. Pour l’Empire, perdre Sablagos signifierait perdre un pilier économique, militaire et symbolique.
Au centre de ce territoire sous tension se dresse Ilieth, anomalie géographique et politique. Protégée par les montagnes d’Akas et nourrie par le microclimat issu du golfe de Tharavel, la capitale concentre l’eau, le savoir et le pouvoir. Elle prouve que Sanchizian n’est pas condamné, à condition que les ressources soient centralisées, organisées et défendues sans concession. Autour d’elle, le reste du territoire s’articule en dépendance directe, en négociation forcée ou en équilibre instable.
Sanchizian n’est donc pas un désert uniforme. C’est un espace fragmenté, tendu, où chaque région existe en fonction de ce qu’elle peut encore offrir : de l’eau, des minerais, une position stratégique, une force militaire ou un accès au monde extérieur. La géographie y est indissociable du pouvoir. Chaque relief, chaque côte, chaque forêt et chaque point d’eau répond à la même question, désormais centrale : jusqu’où peut-on tenir avant que le sable n’impose sa loi.
Et tant que Sanchizian tient, ce n’est ni par harmonie ni par abondance, mais par équilibre précaire, maintenu par la contrainte, la négociation et la peur de ce qui pourrait suivre.
