QUAMARIS–ARYA–01
Une journée sans Maïa
Il fait encore nuit quand Arya ouvre les yeux.
Le froid est déjà là, installé dans les murs. Il n’y a pas de silence total : le vent glisse contre la maison, l’océan respire au loin. Elle reste immobile un instant, puis se redresse lentement, attentive à ne pas faire de bruit, comme si quelqu’un dormait encore.
Elle traverse la pièce principale pieds nus.
La maison est sombre, éclairée seulement par une bougie presque terminée, posée sur la petite table. Les murs sont faits de matériaux disparates, assemblés avec soin mais sans luxe. Le plafond est bas. L’air sent le sel, la cire froide et le bois sec.
Arya s’approche de la fenêtre étroite tournée vers l’ouest.
Elle se hisse légèrement pour voir dehors. L’horizon commence à changer de couleur. Le ciel pâlit, juste au-dessus de l’océan de Sovelia. Dans peu de temps, les premiers rayons toucheront l’eau, puis la grande pierre.
La grande pierre.
Dressée entre la maison et la route de Quamaris. Large, irrégulière, usée par le vent. C’est toujours de là que Maïa apparaît. Arya fixe cet endroit précis, sans bouger, les mains posées sur le rebord froid de la fenêtre.
Le soleil monte lentement.
La lumière touche l’océan. Puis la pierre.
Rien ne bouge.
Arya attend encore.
Elle descend de la fenêtre, fait quelques pas, revient. Elle regarde à nouveau. Toujours rien. Le jour est maintenant bien là. Maïa aurait déjà dû être visible depuis longtemps.
Elle s’assoit à la petite table.
Entre ses doigts, elle fait tourner un petit collier qu’elle a tressé la veille. Une corde fine, maladroite, mais solide. Un cadeau. Elle le serre dans sa main, puis le pose doucement à côté de la bougie.
Elle comprend.
Maïa ne viendra pas aujourd’hui.
Arya ferme les yeux une seconde, inspire profondément, puis se lève d’un geste décidé. Elle ne pleure pas. Elle ne s’énerve pas. Elle réfléchit. La journée commence, et il y a trop de choses à faire.
Elle prend un morceau de charbon et note sur une planche plate, posée contre le mur.
La liste est courte, mais lourde.
Réparer la corde du puits.
Aller au marché.
Vendre les figues.
Passer par la garde.
Elle sort de la maison.
Le soleil est maintenant haut. Le désert s’étend tout autour, clair, dur, immobile. À quelques pas de la porte, le puits attend. La corde est effilochée, rompue sur une partie. Arya s’accroupit, examine les fibres sèches, tire doucement pour tester ce qui tient encore.
Un peu plus loin, l’océan.
Calme, immense. La ligne entre l’eau et le sable est nette. Rien ne protège vraiment la maison, sauf la distance et la discrétion. Arya regarde un instant vers Quamaris, invisible derrière la chaleur déjà montante.
De retour à l’intérieur, elle prépare ses affaires.
Un sac simple. Les figues enveloppées dans un tissu. Un peu d’eau. La pierre d’Aphanite bien en place contre sa poitrine. Elle vérifie deux fois. Toujours.
Avant de partir, elle jette un dernier regard à la maison.
Tout doit être prêt pour ce soir. Quand sa mère rentrera, fatiguée, peut-être blessée, elle ne devra penser à rien d’autre qu’à se reposer.
Arya ferme la porte derrière elle.
Puis elle prend la direction de la route, seule, petite silhouette dans la lumière du désert, déjà concentrée sur ce qui l’attend.
