Géographie de Maversia

À l’ouest de Maversia s’étend Sanchizian, une terre où la lumière écrase avant même de réchauffer. Le sol y est pâle, dur, parfois vitrifié par le soleil, parfois réduit en poudre fine que le vent pousse sans direction. Dans certaines régions, il n’y a ni puits, ni source, ni trace d’humidité ancienne. Rien n’y pousse. Rien n’y reste longtemps. Traverser ces zones revient à accepter l’idée qu’aucune erreur n’est permise.
Ailleurs, la vie s’accroche par fragments. Des routes relient ports, villes et relais isolés, dessinant un territoire discontinu, fait de pleins et de vides. L’eau n’est jamais acquise : elle est trouvée, stockée, protégée, parfois disputée. Sur les côtes, la mer maintient un souffle humide ; dans les montagnes, la roche retient ce que le ciel abandonne encore ; mais entre ces pôles, de vastes étendues sont déjà mortes, laissées au sable et au silence.
Le pouvoir ne s’exerce pas par la fermeture de l’horizon, mais par la présence constante. Là où l’on peut encore survivre, on est vu. Là où l’on est vu, on est identifié. Les gardes patrouillent les axes vitaux, et la Pierre portée sur le corps suffit à rappeler que chaque existence est comptée. À Sanchizian, l’eau peut manquer, mais le contrôle, lui, ne disparaît jamais.
Puis vient Ilieth. L’air s’y épaissit, chargé d’humidité. La végétation revient brutalement, presque indécente après des jours de poussière. Le lac, les canaux, les arbres, tout indique que le désert s’arrête ici. Non par miracle, mais par concentration.
En quittant Sanchizian vers le sud-ouest, le paysage se transforme sans transition brutale. À Orvela, le vent charrie des grains qui s’infiltrent dans les champs, s’accumulent au pied des murets, étouffent les sols fatigués. On sent encore l’odeur des terres autrefois riches, mêlée à celle, plus âcre, du désert qui avance. Les ceps tordus témoignent d’une fertilité passée. Ici, la terre se meurt lentement, mais refuse encore de céder tout à fait.
En remontant vers le nord, le souffle se libère. À Khale, l’air est plus frais, chargé d’embruns. Les collines verdoyantes descendent vers la mer, et le vent apporte des cris de mouettes et le claquement des voiles. À Nad Zema, les quais vibrent de voix, de chants, de prières murmurées face aux flots. Les pêcheurs y ont les mains rugueuses, le regard précis. La mer nourrit, mais elle exige le respect. Ici, le sel reste longtemps sur la peau.
Plus à l’est, le monde se resserre. Lontian s’annonce par une tension presque physique. Les collines se rapprochent, les chemins se font étroits, les forêts épaississent. Chaque passage semble surveillé. La pierre domine. À Wanturajara, la forteresse surgit comme une masse inébranlable. Le sol y est battu, durci par des générations de pas armés. Le bruit du métal y résonne même quand personne ne parle. Sous la forteresse, on dit qu’Elthun avale ceux qui ne tiennent plus debout. Ici, la terre elle-même impose une hiérarchie.
En quittant Lontian vers l’est, la lumière se fragmente. Thilra s’ouvre comme une mer de feuillages. Les arbres sont hauts, anciens, serrés. L’air y est humide, chargé d’odeurs de mousse et de terre noire. Les pas deviennent feutrés malgré soi. À Thilma, les constructions semblent avoir poussé avec la forêt. Les voix y sont mesurées, les gestes précis. Le savoir y est dense, accumulé comme l’humus sous les racines.
En descendant vers le sud, la forêt s’interrompt brusquement. Nielian s’étend en vastes plaines ouvertes, balayées par le vent. Les champs ondulent sous le ciel large, et l’horizon semble enfin respirer. Mais cette ouverture cache une autre forme de puissance.
À Hodai, l’air lui-même paraît différent. Plus vibrant. Plus chargé. La ville se repère bien avant ses murs, par les silhouettes lentes de dirigeables magiques qui glissent dans le ciel, leurs enveloppes miroitantes portées par des forces invisibles. Ils s’élèvent sans bruit brutal, dérivent au-dessus des plaines, puis s’éloignent vers les autres régions du monde, traçant des routes aériennes que seuls les initiés comprennent vraiment.
Dans les rues de Hodai, des points magiques jalonnent les places et les carrefours. Des structures de pierre et de lumière, calmes, presque bienveillantes, qui répondent à ceux qui s’en approchent. Elles indiquent un chemin, un quartier, un lieu recherché, comme si la ville elle-même guidait ses visiteurs. Ici, rien ne se fait sans magie, mais rien ne semble forcé. Elle est partout, intégrée, fonctionnelle, respirée.
La nuit, Hodai brille autrement. Des lueurs flottent au-dessus des toits, des glyphes s’illuminent lentement, et le vent transporte une énergie subtile, presque douce. On dit que le monde entier passe par Hodai, tôt ou tard, même sans y mettre les pieds.
Au sud de Nielian, pourtant, la magie s’efface brutalement. On approche d’Ulnaïr. L’air devient lourd, l’odeur âcre. L’eau y stagne, sombre, visqueuse. Les sons s’y étouffent, les pas s’y enfoncent. Les routes s’en détournent naturellement. Même les oiseaux évitent de survoler trop longtemps cette étendue malade. La terre y est silencieuse d’une manière qui met mal à l’aise.
À l’est d’Ulnaïr, le monde respire à nouveau. Vaelion s’étend dans une abondance presque choquante après tant de rudesse. Les herbes y sont hautes, grasses, d’un vert profond. La forêt de Surnae forme un rempart vivant, filtrant l’air et la lumière. Le lac de Surnae reflète le ciel sans se troubler, clair, immobile. À Aenoril, la terre est respectée avant d’être exploitée. Les mains plongées dans le sol y sentent la continuité plus que la richesse.
Enfin, au nord-est, Nataseadar ferme l’horizon. Les montagnes s’élèvent brusquement, massives, tranchantes. L’air y est froid, vif, presque coupant. Le vent hurle entre les pics. Les chemins sont rares, dangereux. On dit que les moines de Raunthancara y partagent les hauteurs avec les dragons, dans un équilibre ancien. En contrebas, Illvaris regarde ces sommets avec convoitise. La ville est grise, tendue, tournée vers les ressources qu’elle désire sans jamais les maîtriser.
