Les Conjonctions Noires
Sur Photalis, le phénomène nommé Conjonction noire est une éclipse triple, résultant d’un alignement précis et rare des trois astres majeurs du système.
Dans l’ordre exact de l’alignement :
Helion se trouve à l’arrière.
Aelion est situé entre Helion et la lune.
La lune, entièrement constituée d’Aphanite, occulte les deux soleils depuis la surface de Photalis.
Les trois astres sont alors parfaitement alignés.
Helion est un soleil ordinaire. Il n’intervient pas directement dans le phénomène, mais sa position arrière est essentielle : il maintient la pression énergétique globale du système pendant toute la durée de l’éclipse.
Aelion, en revanche, est un soleil dont le rayonnement n’est pas uniquement lumineux. Il émet en permanence un rayonnement noétique stable, habituellement filtré et diffusé par l’espace. Lors de la Conjonction noire, ce rayonnement est contraint.
Lorsque la lune d’Aphanite s’interpose devant Aelion, son rayonnement noétique frappe directement la masse du minéral. Sous cette contrainte, l’Aphanite ne se contente pas d’absorber : elle relargue une part de son aura propre. Cette aura est arrachée à la surface lunaire et projetée vers Photalis sous la forme d’une vague brève et dense.
Ce phénomène ne dure que le temps exact de l’alignement. Il ne s’agit ni d’un flux continu ni d’un bombardement prolongé. La vague est unique, rapide, puis se dissipe dès que l’axe se rompt.
Lorsque cette vague atteint la surface de Photalis, ses effets dépendent de plusieurs facteurs : l’exposition, la concentration locale, et surtout l’état des canaux noétiques des individus présents.
L’Aphanite perturbe directement le lien entre le réseau noétique et le corps. En quantité faible, elle provoque un engourdissement, une perte momentanée de volonté, une sensation de vide intérieur. En concentration plus élevée, elle peut désolidariser brutalement les canaux noétiques du corps physique. Dans ces cas, le corps s’effondre sans blessure apparente, privé de toute cohérence fonctionnelle. La mort survient par rupture du lien, non par destruction.
Cependant, la Conjonction noire n’est pas une sentence universelle.
Son effet est instantané et transitoire. La vague d’Aphanite se dissipe presque aussitôt. Depuis longtemps, certaines traditions ont appris à y faire face. Des rituels, des postures, des techniques de respiration et de concentration permettent de maintenir artificiellement l’ancrage des canaux noétiques durant quelques instants. La volonté joue alors un rôle décisif : elle ne protège pas durablement, mais elle peut suffire à traverser la vague.
Ceux qui paniquent cèdent souvent plus vite.
Ceux qui comprennent ce qui se produit et tiennent bon ont parfois une chance de survivre.
Les Conjonctions noires ont été interprétées au fil du temps comme des signes divins, des manifestations des Ténèbres ou des châtiments cosmiques. En réalité, elles sont la conséquence directe d’un alignement astronomique rare, amplifié par la nature de l’Aphanite et par l’ignorance de ses effets réels.
Ce n’est ni la lumière ni les Ténèbres qui jugent.
C’est la fragilité du lien entre le corps et la Noèse, exposée brutalement lorsque les astres s’alignent.
