La trame des deux âges
Le monde tel qu’il est connu aujourd’hui est le produit de deux âges distincts, séparés par un effondrement fondamental : la chute de la magie et la raréfaction brutale de la Noèse. Ces deux âges ne se succèdent pas simplement dans le Temps. Le second est né des conséquences du premier, de ses excès, de ses choix et des peurs qu’il a engendrées.
Le premier âge : l’abondance de la Noèse et la déformation de l’Équilibre
Le premier âge est celui où la Noèse irrigue encore les mondes en quantité suffisante pour permettre l’existence de la magie, des Dieux et d’un ordre cosmique structuré. Les Titans ont façonné l’architecture du réel, séparé les plans, instauré le Temps et défini un Équilibre fondé sur la coexistence de volontés multiples.
Dans cet âge, la magie n’est pas une exception : elle est une conséquence logique de l’abondance noétique. Les Dieux agissent sur le Monde visible et le Monde invisible. Les civilisations se développent sous leur influence directe ou indirecte. Le monde est instable, parfois violent, mais vivant, traversé de tensions, de créations et de possibles divergents.
Cependant, cette abondance contient une faille structurelle.
La Noèse ne se contente pas de permettre l’action : elle amplifie la volonté. Plus elle est concentrée, plus elle tend à réduire la pluralité des possibles autour d’un centre dominant. Seltika’Sar est la première à comprendre que la véritable vulnérabilité du système ne réside pas dans la matière ni dans les structures, mais dans la volonté elle-même.
Par ses interventions sur les réseaux noétiques, elle apprend à altérer l’orientation du vouloir, à supprimer les finalités concurrentes sans détruire l’être. C’est ainsi qu’elle corrompt Althae, dieu de la mort et des âmes. Elle ne le détruit pas. Elle ne le soumet pas par la force. Elle supprime en lui toute finalité autre que la possession de Noèse.
De cette corruption naît Brar’Amuun.
Brar’Amuun n’est pas un dieu de destruction. Il est une entité de domination absolue, dont la cohérence interne repose sur la centralisation de la Noèse et l’alignement forcé des volontés. Le monde ne s’effondre pas sous son action. Il se fige progressivement autour d’un centre unique.
Le Brar et l’extension de la domination
Dans le cadre de cette domination, Seltika’Sar manipule le Brar, plante créée autrefois par Erevan et confinée dans les profondeurs du Plan suspendu sous Xeeknosax. Le Brar n’avait pas été conçu comme une arme. Il devient un vecteur.
Modifié, accouplé aux premiers parasites noétiques, il agit désormais sur les réseaux noétiques. Par son intermédiaire, des parasites sont disséminés, altérant les canaux noétiques des êtres vivants. Chez les plantes, cela entraîne la mort et la stérilisation des sols. Chez les êtres conscients, la Noèse continue de circuler, mais elle est redirigée vers un centre unique : le Cœur de Brar.
Le monde visible ne montre que des conséquences : désertification, comportements altérés, effondrement de la biodiversité. Dans le Monde invisible, des millions de filaments convergent. Dans le Plan suspendu, le Cœur de Brar croît, saturé de Noèse.
Arya et la rupture interne du premier âge
Dans ce contexte surgit une anomalie imprévue.
Althaea se dissimule en Shalaën, elfe de haute lignée Ianxalim, afin d’échapper à la dévoration de son frère. De cette dissimulation naît Arya, enfant non destinée, non annoncée, ignorée de Brar’Amuun. Elle porte en elle à la fois l’Emprise et la Noèse, dans un corps mortel incapable de soutenir durablement une telle densité.
Arya n’est pas une réponse conçue par le système. Elle en est une conséquence imprévisible.
Lorsque la domination atteint son point de rupture, Iamos se sacrifie pour permettre à Arya d’assimiler Althaea. Arya affronte alors Brar’Amuun. Le combat oppose Emprise contre Emprise. Acculé, Brar’Amuun tente de broyer la planète entière. Il échoue. Il est condamné.
Mais cette victoire dépasse ce qu’un corps mortel peut soutenir. Althaea quitte Arya pour sauver Althae, libéré de la corruption. Arya meurt.
Brar’Amuun est réduit au silence.
Le système de domination est brisé.
Le choix des survivants et la fin du premier âge
Face à la mort d’Arya, les survivants se tournent vers le dernier Titan vivant. Trois options s’offrent à eux : restaurer la Noèse pour sauver Arya, laisser le monde poursuivre son cours, ou supprimer définitivement la source du déséquilibre.
Ils choisissent de sacrifier le Titan.
La Noèse se raréfie brutalement. La magie s’éteint. Les Dieux meurent. Le premier âge s’achève, non par effondrement naturel, mais par décision consciente.
Le second âge : un monde appauvri et vulnérable
Le second âge s’ouvre sur un monde privé de magie. Les structures sacrées disparaissent. La loi n’est plus soutenue par le divin, mais par la contrainte. Les sociétés se fragmentent. La survie devient l’enjeu principal.
Cependant, toutes les traces du premier âge ne disparaissent pas.
Sur Photalis naît Eolan Natagorn, infecté dès la naissance par un parasite noétique. Unique être relié à un résidu du Brar conservé et étudié en huis clos par sa mère, il grandit en nourrissant la plante de sa propre Noèse, puis de celle d’autrui. Sa vie et celle du Brar sont liées.
Pendant une vie humaine entière, Eolan impose sa domination à petite échelle, instrumentalise ses sœurs et prolonge, de manière dégradée, la logique de Brar’Amuun. Puis il comprend que sa vie est limitée.
Il fusionne avec le Brar pour survivre.
Cette fusion le maintient en vie, mais le rend dépendant. Désormais, la plante exige une alimentation constante et massive. Dans un monde où les réseaux globaux ont disparu, Omneth doit faire venir les corps jusqu’à elle.
C’est dans cette précarité qu’il découvre l’existence de la Pierre de l’Univers.
Pour Omneth, la Pierre n’est pas un héritage. Elle est une issue. Elle lui permettrait de rompre sa dépendance, de se réattribuer les fonctions des Titans et de recréer un centre de domination dans un monde désormais incapable de s’y opposer.
