Sablagos, la terre que l’Empire ne peut pas prendre
Sablagos est une exception géographique autant que politique. Là où Sanchizian se dessèche, s’effondre et se contracte, ce territoire résiste encore. Protégée par les montagnes qui portent son nom et par l’épaisseur vivante de la forêt d’Orvela, la région échappe en grande partie aux effets les plus violents du désert. Les vents chauds y sont brisés, les sols y conservent une humidité suffisante, et l’eau circule encore dans les rivières, les nappes et les terres cultivées.
La géographie de Sablagos impose naturellement la défense. Les montagnes forment des lignes difficiles à franchir, étroites, connues de ceux qui y vivent, hostiles à ceux qui viennent de l’extérieur. La forêt d’Orvela, dense et ancienne, complète cette protection. Elle ralentit les armées, désoriente les étrangers et fournit à la région un bois abondant, une faune riche et un refuge naturel. Ce double rempart explique en grande partie pourquoi Sablagos n’a jamais été conquis.
Cette protection a permis à la région de conserver une agriculture stable. Les terres sont travaillées depuis des générations, les cultures adaptées, les récoltes suffisantes pour nourrir une population nombreuse et soutenir une armée permanente. Là où d’autres régions comptent chaque goutte, Sablagos produit encore, échange encore, accumule encore. Cette richesse n’est pas ostentatoire, mais elle est solide, enracinée dans la terre et la discipline collective.
La puissance militaire de Sablagos est l’héritage direct de Sak’An’Dar. L’armée y est ancienne, structurée, respectée. Elle ne repose pas sur la peur, mais sur l’entraînement, la cohésion et une culture de la guerre assumée. Les soldats de Sablagos sont nombreux, endurants, habitués à défendre leur territoire plutôt qu’à le conquérir. Cette force est connue de tous, y compris d’Ilieth.
Officiellement indépendante, Sablagos n’échappe pourtant pas à l’Empire. Le contrôle d’Il’Dar s’y exerce par la négociation, la pression diplomatique et l’équilibre des intérêts. L’Empire ne peut pas imposer sa loi par la force sans risquer une guerre longue, coûteuse et incertaine. Sablagos le sait. Ilieth le sait aussi. Cette tension permanente façonne les relations entre les deux puissances.
Car Sablagos possède des ressources que l’Empire ne peut se permettre de perdre. Les zones de pêche sont vastes et poissonneuses. Les activités maritimes structurent une économie tournée vers l’extérieur. Sous la mer, des minerais rares sont accessibles, parfois uniquement par l’usage de la magie. Ces richesses font de Sablagos un territoire stratégique, dont l’indépendance totale serait un affront et une menace directe pour l’équilibre impérial.
Ainsi, Sablagos demeure libre en apparence, mais surveillée en permanence. Les discours d’autonomie y existent, les tensions internes aussi, nourries par la conscience d’une force suffisante pour résister. Pourtant, chacun sait que si la rupture devenait définitive, Ilieth n’hésiterait pas à employer la violence. Sablagos est tolérée parce qu’elle est nécessaire, respectée parce qu’elle est dangereuse, et convoitée parce qu’elle est encore vivante.
Dans un monde qui s’assèche, Sablagos rappelle ce que Maversia fut autrefois. Et ce souvenir, à lui seul, en fait un territoire que l’Empire ne peut ni abandonner, ni laisser pleinement libre.
