La Pierre de l'Univers
La Pierre de l’Univers n’est pas un artefact parmi d’autres. Elle est le dernier dispositif laissé par les Titans pour garantir que l’univers ne devienne jamais définitivement prisonnier d’un déséquilibre irréversible. Elle n’a pas été conçue pour être utilisée dans un monde stable, mais pour exister comme une réponse ultime à l’échec de toutes les autres structures : Titans, Dieux, Temps, lignées élues.
La Pierre de l’Univers concentre un mécanisme unique : la capacité de réattribuer les fonctions fondamentales des Titans. Elle peut permettre soit la renaissance de trois Titans distincts, reprenant les rôles architecturaux, créateurs et garants des ressources, soit l’émergence d’un Titan unique, cumulant l’ensemble de ces fonctions. Dans les deux cas, l’activation de la Pierre implique une réécriture radicale de l’ordre cosmique, sans remise en cause du libre arbitre déjà inscrit dans le réel.
Conscients du danger que représentait un tel pouvoir, les Titans n’ont jamais envisagé la Pierre comme un héritage direct. Elle devait être inaccessible, incompréhensible et impossible à atteindre sans la convergence de plusieurs conditions extrêmes. Sa protection repose sur plusieurs niveaux imbriqués, dont le plus critique est celui des pierres de flux.
Les pierres de flux sont au nombre de cinq. Elles correspondent chacune à l’un des cinq Dieux originels liés aux éléments fondamentaux du monde :
– Erevan, dieu de la Terre
– Quarion, dieu du Sable
– Soveliss, dieu de l’Eau
– Leshanna, déesse du Vent
– Immeral, dieu du Feu
Chaque pierre de flux est issue d’un souvenir choisi par le dieu auquel elle est rattachée. Ce souvenir n’est ni anodin ni purement émotionnel. Il s’agit d’un fragment de leur existence contenant une valeur fondamentale : une décision irrévocable, un renoncement, un attachement, un acte fondateur. Les Titans ont extrait ces souvenirs, les ont condensés et transformés en une matière stable : la pierre de flux. Ces pierres ne sont donc pas de simples artefacts énergétiques ; elles sont des ancrages mémoriels divins, figés dans la matière.
Chaque dieu devait ensuite confier la protection de sa pierre de flux à un gardien. Ce gardien pouvait être une créature ancienne, un être façonné, une entité liée à l’élément concerné : dragon, hydre, colosse ou autre forme adaptée. Le gardien n’était pas choisi pour sa loyauté, mais pour son incapacité à être contourné sans affrontement. La pierre et son gardien formaient un système fermé, destiné à être affronté, jamais volé.
Les pierres de flux sont réparties à travers Photalis. Tant qu’elles existent, l’accès à la Pierre de l’Univers est scellé. Le temple qui l’abrite ne peut être ouvert, ni localisé, ni même perçu dans sa totalité. Les pierres de flux ne sont pas des clés au sens classique ; elles sont des verrous existentiels. Leur simple présence empêche l’activation du mécanisme d’ouverture.
La destruction d’une pierre de flux entraîne une conséquence immédiate et irréversible : la mort du dieu auquel elle est liée. Ce lien n’est pas symbolique. Le souvenir cristallisé est une part constitutive de l’identité divine. Lorsque la pierre est détruite, cette part disparaît définitivement, rendant impossible la survie de l’entité divine concernée.
Les Titans ont conçu ce mécanisme pour répondre à trois objectifs précis.
Le premier était d’empêcher les Dieux eux-mêmes d’accéder à la Pierre de l’Univers. Même un dieu conscient de son existence ne pouvait l’atteindre sans accepter sa propre disparition.
Le deuxième objectif était de garantir qu’en cas d’activation de la Pierre, les Dieux ne puissent survivre à la transition. La recréation des Titans, ou l’émergence d’un Titan unique, devait se faire sur une table rase divine. Aucun ancien pouvoir ne devait subsister pour contester l’ordre nouveau.
Le troisième objectif était d’introduire un moyen volontaire mais destructeur d’ouvrir le temple. Les Titans savaient qu’un jour, il pourrait être nécessaire de franchir ce seuil. Mais ils refusaient que cela puisse se faire sans coût absolu, sans renoncement total, sans disparition définitive d’un pan entier de l’ancien monde.
