L'Éther
Au commencement, l’Éther n’a pas de propriétés stables. Il n’est ni solide ni liquide ni gaz. Il n’est pas une énergie, et il n’est pas un vide. Il est une présence indifférenciée, continue, non fixée. Tant qu’il demeure confondu avec l’homogénéité des Ténèbres, il n’est pas exploitable : on ne peut pas l’isoler, le mesurer, le séparer, le façonner, parce qu’il n’existe aucune différence interne permettant de distinguer une portion d’une autre. L’Éther est partout de la même manière, et cette absence de contraste le rend inerte au sens cosmologique.
Lorsque la rupture primordiale se produit et que les Titans émergent, l’Éther change de statut sans changer de nature. Il reste la même substance, mais il cesse d’être uniquement un continuum indifférencié. Les Titans sont des condensations stabilisées d’Éther : des points où l’Éther devient structure. À partir d’eux, l’Éther peut être contraint, délimité, modelé. Ce n’est pas une création d’une matière nouvelle : c’est l’apparition de conditions qui rendent l’Éther manipulable.
L’acte fondamental des Titans consiste à imposer des rapports à l’Éther. Ils ne fabriquent pas un monde comme on assemble des objets ; ils introduisent des volumes, des distances, des continuités et des séparations. Ils arrachent l’Éther à son état non fixé et le forcent à tenir des formes. C’est ainsi que naissent les astres, les continents, les couches du réel, et toutes les structures invisibles qui permettent aux choses d’exister comme des choses distinctes.
Dans ce cadre, l’Éther est la matière de tout ce qui est. Les pierres, les océans, les corps, les atmosphères, les métaux, les sols, les montagnes : tout cela est de l’Éther devenu stable sous l’effet d’une structuration. Le Monde visible est, en dernière instance, de l’Éther tenu en place.
Le Plan suspendu est une démonstration brute de cette nature. Dans le Monde visible, les formes sont altérées par le temps, l’usage, la vie, la décomposition, le mouvement des êtres. Dans le Plan suspendu, l’Éther peut être reproduit sans ces altérations : ce que l’on y façonne ne vit pas, ne se répare pas, ne se dégrade pas, ne se transforme pas de lui-même. L’Éther y reste une matière, mais il n’est pas soumis aux mêmes dynamiques, parce que la vie ne s’y imprime pas.
C’est ici que l’Éther se distingue nettement de la Noèse. L’Éther est support, forme, matière. La Noèse est ce qui irrigue la matière et lui confère mouvement, conscience, libre arbitre, capacité d’exercer une volonté. L’Éther peut exister sans Noèse. La Noèse ne peut pas exister sans un support où s’attacher. Quand il n’y a pas de Noèse, il peut y avoir des structures, des organismes, des formes biologiques, mais elles n’ont pas nécessairement de dynamique interne propre. Elles peuvent être inertes, mécaniques, dépendantes d’une impulsion extérieure. Elles existent, mais elles ne vivent pas pleinement.
La Noèse est issue d’une transformation de l’Éther. Cela implique une continuité profonde entre les deux : ce n’est pas une énergie tombée d’ailleurs, c’est une modalité de l’Éther rendue active, convertible en mouvement et en volonté. Cette relation explique pourquoi les Titans, capables de travailler l’Éther à l’échelle cosmique, disposent aussi d’une réserve illimitée de Noèse : ils ne l’extraient pas d’un gisement, ils la rendent possible par leur nature même et par leur prise sur la substance primordiale.
Dans les actes ultérieurs du lore, l’Éther reste toujours le plancher du réel. Même lorsque la magie s’éteint, même lorsque la Noèse se raréfie, même lorsque les Dieux meurent, l’Éther demeure. Les formes persistent, dégradées ou non, parce que la disparition de la Noèse ne détruit pas la matière. Elle retire ce qui animait. Elle laisse le support.
