L'Équilibre
L’Équilibre n’est pas une volonté. Il n’est pas une force agissante, ni une intention orientée. Il n’est ni recherché ni imposé. Il est une nécessité inscrite dans l’existence même de l’univers.
L’Équilibre existe dès l’origine, au même titre que les Ténèbres. Il ne leur est pas extérieur. Il n’est pas né après elles. Il ne leur est pas opposé. Il est la condition implicite qui rend toute existence possible, même dans un état d’homogénéité absolue.
Tant que les Ténèbres sont seules, l’Équilibre est présent mais inexprimé. Il n’a aucune prise, aucune manifestation, aucune dynamique. Il ne peut ni se rompre ni se rétablir, car rien ne varie. Dans cet état, il n’y a ni ordre ni chaos, ni stabilité ni instabilité. Il n’y a pas de rapport, pas de tension, pas de différence. L’Équilibre existe, mais il n’a pas de champ d’application.
Lorsque l’homogénéité absolue se rompt, l’Équilibre cesse d’être un état statique et devient une contrainte dynamique. À partir de ce moment, toute chose qui existe entre en relation avec une autre. Toute volonté, toute structure, toute entité introduit une variation. L’Équilibre ne consiste plus à maintenir une uniformité, mais à permettre la coexistence de ces variations sans annihilation totale.
L’Équilibre n’est pas l’absence de chaos. Il en dépend. Le chaos, entendu comme la pluralité des formes, des intentions, des mouvements et des volontés, est la condition même de son existence. Sans chaos, l’Équilibre est vide. Sans Équilibre, le chaos devient destructeur. L’un ne peut exister sans l’autre.
Dans l’univers structuré, l’Équilibre se manifeste par la limitation réciproque. Aucune volonté ne peut s’exercer sans rencontrer une autre volonté. Aucune entité ne peut s’étendre indéfiniment sans créer une tension qui appelle une réponse. L’Équilibre n’empêche ni la domination temporaire, ni la destruction locale, ni la souffrance. Il empêche seulement l’uniformisation absolue.
Lorsqu’une seule volonté cherche à s’imposer partout, à absorber toute Noèse, à réduire toutes les consciences à une extension d’elle-même, l’Équilibre est rompu. Non parce que la domination serait immorale, mais parce qu’elle supprime la pluralité des intentions. Elle recrée artificiellement une homogénéité qui nie la dynamique même de l’existence.
Inversement, la disparition totale de toute structure, l’effondrement de toute capacité d’agir, la réduction du monde à une inertie sans mouvement constitue également un déséquilibre. L’Équilibre ne protège ni la vie, ni la mort, ni la création, ni la destruction. Il protège la possibilité d’agir.
Les Titans furent une réponse à cette nécessité. Les Dieux en furent une autre. Les Héritiers, le Temps, la Pierre de l’Univers, et même les catastrophes majeures ne sont pas des accidents : ce sont des manifestations successives de l’Équilibre cherchant à se maintenir dans un univers de plus en plus complexe.
L’Équilibre n’a pas de fin. Il ne tend vers aucun état final. Il n’existe pas de configuration parfaite vers laquelle l’univers devrait converger. Tant que des volontés existent, tant qu’elles peuvent se confronter sans être toutes réduites à une seule, l’Équilibre subsiste.
Il n’est ni juste ni injuste. Il est.
