Brar'Amuun
Brar’Amuun est une entité issue de la corruption d’un dieu existant, et non une création ex nihilo. Autrefois connu sous le nom d’Althae, il occupait la fonction de dieu des âmes et de la mort. Son rôle était d’assurer la continuité entre les existences, de maintenir une frontière claire entre la vie, la mort et ce qui persiste au-delà, et de garantir que la circulation de la Noèse ne rompe jamais l’Équilibre du monde.
Sa chute n’est ni brutale ni accidentelle. Elle résulte d’un processus long, méthodique, orchestré par Seltika’Sar. Celle-ci ne cherche pas à détruire Althae, mais à l’altérer. En exploitant le Brar et en manipulant les canaux noétiques, elle introduit une corruption capable de détourner la Noèse sans provoquer d’effondrement immédiat. Le but n’est pas l’anéantissement, mais la captation durable.
Le Brar joue un rôle central dans cette transformation. En servant de vecteur matériel et noétique, il permet la création d’un réseau parasite capable de capter la Noèse produite par les êtres vivants. Ce réseau ne se contente pas de drainer : il relie. Il connecte les volontés, les perceptions et les flux à un centre unique, le Cœur de Brar noétique. Brar’Amuun, en fusionnant avec ce cœur, devient à la fois source, nœud et destination de ce réseau.
Le parasite noétique qui l’habite est de même nature que celui qui détruit le libre arbitre chez les mortels. La différence est structurelle. Chez un être humain, la durée d’exposition entraîne la perte de la conscience ou la mort bien avant toute adaptation. Chez Brar’Amuun, la persistance permet au parasite de muter, de s’adapter à un hôte divin, et d’opérer à une échelle inaccessible aux mortels. La Noèse captée est continuellement recyclée, réinjectée dans le réseau, puis ramenée vers lui dans un circuit fermé.
L’Emprise est l’outil principal de Brar’Amuun. Elle ne crée pas, ne transforme pas, ne convoque pas. Elle impose. Par l’Emprise, Brar’Amuun ordonne à l’Éther de se conformer à une volonté unique. Cette contrainte peut s’exercer sur la matière, les structures, les corps et les réseaux noétiques. Là où l’Emprise était conçue comme un outil ponctuel de régulation, Brar’Amuun en fait un état permanent, cherchant à supprimer toute pluralité de volonté.
Son objectif n’est pas la destruction immédiate du monde. Il vise une homogénéisation totale. Un univers où les volontés ne s’opposent plus, où les choix ne divergent plus, où la Noèse circule selon une orientation unique. Cette stabilité absolue n’est pas un équilibre, mais une négation de celui-ci. Le chaos n’y existe plus, mais la liberté non plus.
Description physique
Brar’Amuun conserve une silhouette globalement humaine. Son corps est celui d’un homme grand, sec, solidement bâti, sans excès de masse. Les épaules sont étroites mais fermes, le torse nerveux, les membres longs. Ses mains attirent immédiatement l’attention : doigts allongés, articulations nettes, gestes précis, retenus, comme si chaque mouvement était décidé avant d’être exécuté.
Il ne marche presque jamais. Il se maintient dans les airs sans élan, sans oscillation, à une hauteur stable. Son corps reste droit, immobile lorsqu’il le décide, comme maintenu par une contrainte invisible. Rien dans sa posture n’évoque l’effort ou l’instabilité.
Il porte des vêtements simples, sombres, sans ornement. Une tunique ample, fonctionnelle, conçue pour ne pas entraver le corps. Une capuche couvre généralement sa tête, non pour dissimuler son visage, mais parce que le vêtement fait partie de sa forme. Rien dans sa tenue ne renvoie à un rang, une richesse ou une symbolique visible.
Son visage, ou ce qu’il en reste, rompt toute continuité humaine.
La structure osseuse antérieure du crâne a disparu. Les os du front, des orbites, du nez et des mâchoires ont été lentement rongés de l’intérieur. Le processus est ancien, progressif, méthodique. Il ne reste aucune trace de traumatisme récent : seulement l’aboutissement d’une altération profonde.
Les yeux n’existent plus.
Les orbites ont été entièrement consommées. À leur place, la peau repose directement sur ce qu’elle recouvre. Le sommet et l’avant du crâne sont privés de toute armature osseuse. La peau y est fine, tendue, parfois légèrement translucide. La forme du cerveau est perceptible sous la surface, non comme un détail anatomique précis, mais comme une masse vivante, irrégulière, silencieuse.
Les traits du visage ont perdu toute fonction expressive.
La bouche et les narines subsistent encore, mais leurs contours se sont estompés avec le temps. Elles ne sont plus soutenues par une structure osseuse. Leur position est légèrement plus basse que celle d’un visage humain, sans pour autant créer de déformation pendante. La peau est lisse, continue, maintenue par une tension interne qui lui donne un aspect presque figé.
Le menton n’existe plus comme relief distinct.
Sur les côtés du crâne, quelques fragments osseux subsistent encore. Des aspérités irrégulières, vestiges mal consommés de structures anciennes. La peau s’y tend de manière asymétrique, créant des zones plus dures, presque anguleuses, qui rompent la régularité générale.
Brar’Amuun ne parle pas par un organe.
Aucun son ne sort de sa bouche.
Lorsqu’il s’exprime, la voix apparaît directement dans l’esprit de ceux qui l’entendent. Elle ne traverse pas l’air. Elle ne résonne pas. Elle s’impose dans la conscience, claire, nette, sans localisation précise. Elle n’a pas de timbre identifiable, mais elle est immédiatement perçue comme étrangère.
Sa perception ne repose plus sur des sens physiques.
Privé d’yeux, il ne voit pas au sens classique. Sa perception passe presque exclusivement par les réseaux noétiques. Il perçoit les êtres, les flux, les densités de volonté, les résistances. Le monde visible n’est pour lui qu’une conséquence secondaire de structures plus profondes.
Malgré la déformation extrême du visage, son corps reste parfaitement fonctionnel. Aucun tremblement. Aucun déséquilibre. Aucun signe de dégradation motrice. Le parasite qui l’habite ne l’affaiblit pas ; il détourne. Il capte la Noèse accumulée par Brar’Amuun, la redistribue dans le réseau, puis la fait revenir vers lui dans un circuit fermé, connecté au Cœur de Brar noétique.
Chez un être humain, un tel processus détruirait la conscience bien avant d’atteindre ce stade.
Chez Brar’Amuun, il s’est inscrit dans la durée.
Son apparence n’évoque ni la décomposition ni la monstruosité grotesque.
Elle évoque un corps qui a continué à fonctionner alors que les structures mêmes permettant de le reconnaître comme humain ont disparu.
